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Créer après la fracture, et respirer

Après la fracture, que reste t’il ?

Quand on vient de subir la perte, la trahison, le deuil. Quand tout s’est effondré : le corps, le cœur et l’âme. Quand on n’y croit plus, quand l’élan est parti, quand la promesse est rompue, à quoi s’accrocher ?

Il faudrait absolument rebondir ? Aller piocher dans les bibles de développement personnel pour se retaper et redevenir la meilleure version de soi ?

Mais comment faire quand on n’arrive même plus à se lever ? À penser ? À respirer ?

Créer. 

Pas pour aller mieux. 

Juste pour réapprendre à trouver son souffle.
Se rappeler qu’on existe.
Retrouver un contact avec la matière, et avec le sens. 

La fracture n’est pas une origine créative

Le mythe de l’artiste maudit est une belle connerie. On nous a fait croire qu’être un artiste, c’était être un génie. Si ce que tu fais n’est pas génial, et du premier coup en plus, c’est que tu n’es pas un artiste. Regarde Mozart ! Première symphonie à 4 ans, le petit.
Ben, voyons. 

Et il ne suffit pas d’être génial.

Il faut être un écorché vif incompris.
La fêlure est la source de la création.
Mais, bien entendu !
Autrement dit, si ton art ne s’accompagne pas d’un bon alcoolisme ou, au moins, d’une petite dépression, t’es foutu-e. Tout ce que tu feras sera condamné à être nul. 

Non, la souffrance ne rend pas créatif.

Au contraire.

Elle enferme. 
Dans les boucles de névrose. 
Dans les tréfonds des obsessions. 
Dans les handicaps des addictions.

Elle coupe de la création.

Le corps se replie, se rétracte, se pressurise ou au contraire, se disloque. 
Le trauma est l’ennemi de la création. 

Créer n’est pas produire : c’est un geste de respiration

Créer, c’est le contraire de l’efficacité.

C’est de l’ordre de la pulsation interne. 
C’est l’intuition, le coup d’œil séduisant, le désir d’une couleur, l’appel d’un son, la mélodie d’un mot.
Ça ne se touche pas, ça se décrit à peine. 
Ça se ressent uniquement. 

Des fois, c’est là. 
Ça palpite, ça brûle, ça hurle.

Et des fois, c’est absent. 
C’est écrasé derrière la pile de soucis, d’angoisses, de tristesse. 

La créativité, après la fracture, commence souvent par un geste minuscule. 

Un battement.
Qu’on ne montre pas. 
Qui ne se voit pas. 
Qui n’amène à aucun résultat.

Si ce n’est celui de ressentir à nouveau un peu de joie en soi. Un souffle. Une palpitation. 

La créativité, c’est une phrase écrite pour soi qui remet en mouvement.
Un dessin qui ne sera jamais fini mais qui permet de commencer autre chose. 
Un tas de feuilles dans le jardin à l’automne qui donne envie de sortir.

La créativité relève du physiologique, pas de l’intellectuel.

La résilience n’est pas un redressement, mais une continuité fragile

Et de la créativité naît la résilience.
Non pas la capacité à rebondir avec laquelle on nous bassine à longueur de temps. 
Non.

C’est la capacité à continuer, même maladroitement, même timidement, même lentement. 
Pas la force.
Pas la reconstruction grandiloquente.

Juste continuer à être vivant, malgré la fracture. 
C’est peut être cela la résilience intime.
Une création, même fragile, peut initier le début d’une continuité après une rupture. 

L’imaginaire comme espace respirable

L’imaginaire, dans ce cas, est tout sauf une fuite.
C’est un espace à réhabiter.
Il n’a pas disparu. 
C’est juste que l’on a perdu la clé pour y accéder.

Et la clé sera ce mini-geste de création, qui permettra de retourner dans cet espace sans enjeu, sans jugement.
Ce lieu où l’on peut exister autrement.
Après la fracture, l’imaginaire agit comme un sas.

Il permet de reconstruire cette zone de sécurité intérieure, indispensable à la continuité.

Créer après la fracture, sans se trahir

Celui qui te dira de créer pour aller mieux se plante. 
Encore une injonction paralysante et culpabilisante. 

La créativité, ici, refuse la performance, la visibilité, la pédagogie.
C’est à ce prix qu’elle libère. 
Que l’imaginaire peut faire son travail et que la résilience peut advenir.

Alors, surtout, crée sans expliquer, sans transmettre, sans prouver.
Juste crée. 
Autorise-toi de mettre au monde quelque chose qui ne sert à rien.

Imagine.
Et puis continue.
Encore et encore.
Sous le soleil comme après la pluie. 

Respirer suffit, parfois, pour aujourd’hui

Et c’est souvent déjà énorme.

Créer ne guérit pas.
L’imaginaire ne sauve pas.
La résilience n’est pas héroïque.
Retrouver ton souffle, parfois, suffit.

C’est tout ce que je te souhaite.

Si tu veux respirer encore un peu, reçois ta nouvelle gratuite et prolonge cet espace fragile.

1,2,3,4. Une tentative de respiration tirée du festin des silences.

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