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L’emprise psychologique : comprendre une violence invisible

L’emprise psychologique et le fait de se taire peuvent sembler ne rien avoir à faire ensemble dans la même phrase. Et pourtant ces deux notions ont tout à voir entre elles, même si c’est contre-intuitif. L’emprise psychologique est une violence invisible qui prospère sur le silence. Ce dernier est la condition de réussite de la première. Nous pourrions même dire qu’elles sont inverses proportionnelles : moins les choses sont dites, plus l’emprise peut être profonde. 

Qu’est-ce que l’emprise psychologique ?

L’emprise psychologique est le fait de dévoyer la volonté d’un individu à son propre avantage et contre l’intérêt de celui-ci. Elle consiste à priver progressivement une personne de sa liberté intérieure, de son discernement et de sa capacité à se protéger.

Donc, une relation d’emprise n’est ni plus ni moins qu’une vampirisation ou un parasitisme. L’un se nourrit, l’autre se vide : de son énergie, de son sens, de son élan de vie. C’est ce qui distingue une relation sous emprise d’un conflit relationnel classique.

On trouve ce type de relation dans les couples, les relations filiales, amicales, fraternelles, professionnelles… Tout type de relation peut en être le terreau. Et particulièrement celles sujettes aux situations d’encadrement, de transmission, d’apprentissage. Quand un individu est en situation de dépendance ou de vulnérabilité vis-à-vis d’un autre. 

Ce type de relation s’installe de façon progressive, jamais de façon abrupte. 

Les verrous de l’emprise sont refermés stratégiquement les uns après les autres par l’agresseur, au fur et à mesure d’un processus de violation délibérée des limites de la victime… blessée de plus en plus profondément, donc affaiblie, et de moins en moins capable de se protéger. 

Cette danse macabre n’a rien à voir avec un conflit classique, même violent et répété, car elle relève de tout autre chose : une destruction orchestrée du psychisme et de l’intégrité d’une personne par une autre personne. 

Comment s’installe une relation d’emprise ?

La plupart des personnes qui n’ont jamais vécu ou approché ce genre de relation ne comprennent pas comment cela peut se produire. Tant mieux pour elles. Mais cela isole d’autant plus les victimes, incomprises.

Une relation sous emprise ne s’installe jamais brutalement. Elle se construit par étapes, souvent imperceptibles pour la victime comme pour l’entourage.

Reprenons la notion de danse macabre. C’est exactement ce dont il est question.

La séduction

Il est toujours question de séduction au début. Toujours.
L’agresseur veut plaire, séduire, impressionner. Faire mouche.

Il bombarde pour donner l’illusion qu’il sait, qu’il est différent, à part l’élu. Tout est possible, tant que ça crée une attention exclusive de la part de la victime. La manipulation a commencé.

La confusion et le doute

La relation s’installe. 

Et tout doucement commencent les problèmes, après la lune de miel. 

La victime, généralement empathique, essaie de les résoudre sans jamais y parvenir. L’agresseur commence à tordre le cou à la morale et à l’éthique : il inverse la responsabilité, il fait culpabiliser la victime, brouille ses repères.

Son mode opératoire est souvent la répétition des mêmes mots et des mêmes comportements, souvent insensés et vexants, humiliants, agressifs…. pour finir par les imprimer dans l’esprit de la victime ; celle-ci déplace progressivement son référentiel et adopte les normes transgressives de l’agresseur. L’agresseur a pour cela recours aux mensonges, au chantage, à l’intimidation, aux menaces, aux insultes… L’éventail des outils de l’arsenal de guerre des agresseurs est vaste.

La dépendance affective

La phase suivante est clé : placer la victime dans un besoin vital et viscéral de son agresseur. 
La loyauté excessive devient dépendance affective. 

Sans l’agresseur, la victime est certaine que l’air va lui manquer. Que le monde est vide. La vie insignifiante.  
Plus rien d’autre n’a de goût : les amis, la famille, les autres passions sont passés en second plan, voire complètement à la trappe.
Le seul centre d’attention de la victime devient l’agresseur. Et donc, très logiquement, elle déploie tout ce qui lui est possible pour lui faire plaisir : moyens physiques, matériels, financiers, intellectuels, affectifs… C’est l’avalanche.

Comme l’agresseur joue en permanence sur le sentiment de culpabilité et de responsabilité de la victime, elle se sentira en situation de dette excessive vis-à-vis de lui.
La roue pourra donc continuer à tourner, comme ça, indéfiniment.  

Le contrôle sans violence apparente

La victime est désormais verrouillée.
Elle est devenue l’épouvantail de l’agresseur sans même s’en rendre compte, grâce à l’aspect progressif du processus. Exactement comme la petite grenouille qui ne se rend pas compte que l’eau de la casserole se réchauffe jusqu’à bouillir autour d’elle. 

Les coups et la violence physique ne sont pas nécessaires pour installer une emprise psychologique durable. C’est à dire une restriction émotionnelle, mentale, relationnelle. 

La victime est dans sa roue de loyauté, de culpabilité , de responsabilité et tourne, tourne encore…. sous l’influence de l’agresseur qui poursuit son manège.

Pourquoi l’emprise est si difficile à identifier

L’emprise psychologique est difficile à identifier parce qu’elle ne laisse pas de traces visibles.
Les regards extérieurs sont trompés, abusés, roulés dans la farine.
Rares sont ceux qui ont aperçu la face sombre de l’agresseur.  Il n’en voit que les dehors séducteurs et dissimulateurs.
Les victimes s’auto-censurent et n’évoquent pas le malaise qu’elles ressentent parfois, tout à leur loyauté envers l’agresseur qu’elle croit justifiée. 
Elles ont souvent tout abandonné.

À commencer par elle-même.

L’emprise dans la sphère familiale : quand le silence se transmet

Dans le cadre d’une emprise familiale, et qui plus est d’une emprise parentale, la dynamique est sensiblement différente.

Déjà, l’enfant est captif et ce, depuis le début de son existence, il a grandi dans ce système et en a absorbé les codes, les règles tacites, le référentiel malsain dès son plus jeune âge. 
Il a intégré le fonctionnement au plus profond de lui.

Si un parent est agresseur, l’autre parent est la plupart du temps victime. Les agresseurs s’associent le plus souvent à des profils vulnérables, empathiques ou déjà fragilisés, qui répondent à leurs besoins de contrôle et de domination.

Nous serons donc dans un système triangulaire: un agresseur, une victime et un ou plusieurs enfants perdus dans le champ de bataille. 

L’enfant va devoir survivre dans cette dynamique et va devoir adopter des postures pour y parvenir : contourner les bombes qui tombent de partout depuis toujours, survivre à un parent agresseur qui critique, maltraite, torture, ment, manipule et vivre aux côtés d’un parent victime, affaibli, désorienté, souvent dépressif et épuisé. 
Souvent, l’enfant endossera lui-même le costume d’agresseur ou de victime et rejouera à l’infini cette triste comédie. 

Une chose aura permis cette funeste transmission : le silence. 

C’est le silence qui aura protégé les dynamiques mortifères, les agressions continuelles, la violence.

C’est le silence qui aura fait croire que cela était normal. 

Si personne ne vient jamais pour dire : « j’aime pas comment ta mère parle à ton père. Ça me met mal à l’aise », eh bien on ne remet jamais en question la façon dont on se parle dans la famille. 

Sans nommer une chose, comment savoir qu’elle existe ? 

Le silence est le pire des héritages. Il condamne à la reproduction. 

Quand la fiction permet de dire ce que le réel tait

La fiction regorge de grands duos d’agresseurs et de victimes. Et c’est bien.

Plutôt que par le raisonnement intellectuel qui permet de comprendre (cf livres de Christel Petitcollin qui sont des bibles en la matière), l’émotion est un moyen extraordinaire de ressentir la violation du transgresseur. 
La fiction permet de rendre visibles les mécanismes de l’emprise psychologique sans exposer directement les personnes réelles.

“L’amour et les forêts” d’Eric Reinhardt ou «  Mon roi » de Maiwenn représentent brillamment les situations d’emprise psychologique de couple. 

Le festin des silences aborde une belle situation d’emprise familiale.
Les personnages principaux sont des révélateurs de chaque acteur de ce type de dynamique délétère : l’agresseur, la victime, le général protecteur de l’agresseur. Et comme le système ne demande qu’à se poursuivre de génération en génération, les mêmes rôles s’entrecroisent dans les générations successives, tant que rien ni personne n’est venu briser le silence hérité. 

Sortir de l’emprise commence par nommer

Nommer n’est pas accuser,

Nommer est la première étape qui permet d’identifier le fait qu’il y a un malaise. Un truc qui n’est pas comme chez les autres. Un truc en plus, une violence déguisée en fantaisie séduisante par exemple. Ou un truc en moins, la sécurité intérieure qui permet d’être soi-même notamment. 

Reconnaître n’est pas rompre immédiatement.
Reconnaître permet d’abord de déceler, de repérer, de s’autoriser à voir, à entendre, à sentir que quelque chose cloche. 

C est en réalité le début du processus. 

Mais c’est un début indispensable, sans lequel aucune sortie d’emprise n’est possible. 

Nommer et reconnaître, c’est le début d’une respiration possible (pour, par exemple, se remettre à l’écoute de son corps comme c’est évoqué ici). Et c’est précieux. 

Continue le voyage au sein des chroniques intimes avec les lettres intimes.

À propos de ce texte

Ce texte appartient aux Chroniques Intimes, un ensemble d’écrits où j’explore les silences, les liens et ce que l’on comprend parfois trop tard de sa propre histoire.

Je m’appelle Mathilde du Val. J’écris des récits et des romans psychologiques autour de la mémoire, de la perception intérieure et de la façon dont une vie peut se réinterpréter avec le temps.
Une part de cet univers se poursuit dans le roman Le Festin des Silences.

Les autres textes vivent ici : https://chroniquesintimes.com/tous-les-ecrits-chroniques-intimes/

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