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Pourquoi l’horreur nous fascine : ce que mon obsession pour les tueurs en série m’a appris

Je n’aime pas trop en parler.
Parce que c’est une fascination qui met mal à l’aise.
Adolescente, je collectionnais les documentaires sur les grands tueurs en série.
J’avais une préférence étrange pour les meurtriers cannibales. Je connaissais par cœur leurs histoires. Je regardais aussi les méthodes de torture du Moyen-Âge avec une curiosité presque studieuse. Et tous les films d’horreur possibles.

Dans le même temps, mon animal préféré était le requin blanc.
À sept ans, j’apprenais par cœur le nom de toutes les espèces de requins dans mon encyclopédie Tout l’univers.

Longtemps, j’ai pensé qu’il y avait quelque chose d’un peu inquiétant chez moi.

Puis j’ai grandi.

Et j’ai vu le succès mondial des documentaires criminels. Les podcasts true crime. Les séries inspirées de meurtriers réels. Et, plus récemment, l’obsession collective autour des grandes affaires criminelles impliquant des réseaux de pouvoir.

Je ravale ma honte parce que je vois bien que je ne suis pas la seule.

Alors la question s’est déplacée.
Pas : qu’est-ce qui ne va pas chez moi ?
Mais : pourquoi l’horreur attire-t-elle autant les êtres humains ?

Sommes-nous fascinés par les criminels ?

Nous sommes nombreux à nous être paluchés tous les docu’ sur Epstein pour comprendre jusqu’où l’horreur a bien pu aller. À quel point l’indicible s’est déroulé. Et combien il a été couvert. Pire, soutenu. Encouragé. Et récompensé pour avoir fourni des gosses aux plus puissants de ce monde.

Pendant longtemps, j’ai cru que c’était du voyeurisme.
Que nous regardions ces histoires parce qu’elles étaient sensationnelles. Parce qu’elles permettaient d’approcher l’interdit sans danger.
Mais cette explication ne suffit pas.
Car ce que l’on ressent devant ces récits n’est pas vraiment du plaisir.
C’est autre chose.

Un mélange d’effroi, d’incrédulité et de besoin de comprendre.
Nous ne regardons pas vraiment la violence.
Je crois que nous cherchons comment elle devient possible
.

Chercher une explication rassurante

Sans doute que mon esprit cherche à se rassurer. J’espère inconsciemment qu’on va trouver une mutation génétique au bonhomme, une spécificité psy… n’importe quoi qui explique cette violence. Cette horreur absolue. Cette abomination.

Mais je crois que je cherche en vain.

On ne trouvera pas. Je ne trouverai pas. Jamais.

La plupart des grands prédateurs humains ne sont pas délirants.
Ils comprennent ce qu’ils font.
Même, ils vivent parfois une vie sociale normale.
Ils savent séduire, convaincre, rassurer.
Et c’est précisément cela qui trouble.

Ce qui nous perturbe vraiment

Les tueurs isolés sont déjà difficiles à comprendre.
Mais les grandes affaires criminelles à la Epstein impliquant des réseaux sont encore pires : elles ont montré que la violence pouvait coexister avec la réussite sociale, le pouvoir, l’intelligence et la respectabilité.
Ce n’est plus un monstre marginal.
C’est un humain intégré. Apprécié. Et même populaire.
Et soudain le système de repérage du danger s’effondre.

J’ai besoin de croire que le mal se voit.
Qu’il a un visage identifiable.
Qu’il existe des signes clairs.
Or ces histoires racontent l’inverse.

Le danger n’est pas toujours extérieur.
Il peut être charmant, cultivé, séduisant.
Epstein avait une bonne gueule.
Ce que je cherche alors, en regardant ces affaires encore et encore, ce n’est pas l’horreur elle-même.
C’est un moyen de la reconnaître.

Le vrai mécanisme : comprendre le prédateur

On observe les prédateurs animaux pour survivre.
Peut-être faisons-nous la même chose avec les prédateurs humains.
Le cerveau essaie de reconstituer un modèle : des indices, des comportements, une logique.

Car une chose apparaît dans presque toutes ces histoires.
Le prédateur ne voit pas l’autre comme une personne.
Il voit un objet ou un moyen.

Ce mécanisme existe un tout petit peu en chacun de nous : dans la colère, l’humiliation, un besoin de domination ici ou là.
Chez certains, ça dérape : il devient total.
Est ce que j’aurais pu devenir comme ça ? Qu’est ce qui a déconné chez Dahmer et Epstein pour qu’ils deviennent comme ça ?

Un monstre sommeille-t-il en chacun de nous ?

La question me revient souvent.
Pas parce que je pense que tout le monde pourrait commettre l’irréparable.
Mais parce que je sens – peut être le sentons-nous tous – intuitivement que les frontières morales humaines sont fragiles.
Nous cherchons donc la réponse au mauvais endroit.

Nous observons les monstres pour comprendre leur violence.
Alors qu’en réalité, peut-être cherchons-nous autre chose : comprendre ce qui, chez la plupart des humains et fort heureusement, empêche encore de le devenir.
Empathie.
Conscience morale.
Capacité à reconnaître l’autre comme un sujet.

Peut-être, finalement, que ma fascination pour les tueurs en série n’est pas malsaine.
Peut-être qu’elle est une tentative de me rassurer : tant que je cherche à comprendre, c’est que cette part reste sous contrôle.
Je ne regarde plus ces histoires de la même façon.
En fait, je ne crois plus que j’y cherche l’horreur.
Je crois que j’y cherche une réponse.
Et peut-être, au fond, une preuve silencieuse que l’humanité tient encore.

N’oublie pas que les lettres intimes t’attendent ici.

À propos de ce texte

Ce texte appartient aux Chroniques Intimes, un ensemble d’écrits où j’explore les silences, les liens et ce que l’on comprend parfois trop tard de sa propre histoire.

Je m’appelle Mathilde du Val. J’écris des récits et des romans psychologiques autour de la mémoire, de la perception intérieure et de la façon dont une vie peut se réinterpréter avec le temps.
Une part de cet univers se poursuit dans le roman Le Festin des Silences.

Les autres textes vivent ici : https://chroniquesintimes.com/tous-les-ecrits-chroniques-intimes/

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