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Pourquoi on reste attaché aux gens qui nous abîment ?


L’attachement aux personnes toxiques est un fléau qui peut littéralement bousiller des vies.
Certaines personnes ne comprendront jamais ce phénomène, de près comme de loin, et se demanderont : « Pourquoi reste-t-elle ? ». Là où d’autres se noient…

Comment, pourquoi certaines personnes vivent entourées de personnes qui les tirent vers le fond ? Quelles en sont les conséquences ? Que faire pour s’en sortir ?

Il ne s’agit ni de faiblesse, ni de folie. Surtout pas d’un choix libre. C’est bien plus complexe que ça.

Cela nous amène à une lecture affective et psychique extrêmement fine des attachements traumatiques et, bien souvent, des relations sous emprise.

Aimer n’est pas toujours choisir

L’attachement précède la conscience.

Il y a une fantaisie, une saveur, un détail qui nous donne envie. On a même, souvent, perçu qu’il y avait quelque chose de bancal dans la personne. On y va quand même. Inévitablement.

Le lien affectif, ici, ne se crée pas dans l’harmonie, l’envie partagée ou la curiosité saine. Il se crée dans la dépendance et dans la vulnérabilité. Et il fait très vite souffrir.
Rapidement, tout est trop, ou pas assez.

On se retrouve embarqué-e dans des situations qui mettent mal à l’aise, qui font peur, qui blessent. Il nous est difficile de marquer les limites de ce qui est bon pour soi. On se sent comme dans l’enfance : balloté, dépendant. On attend l’attention, la reconnaissance, la réassurance.

La frontière entre amour et survie semble inexistante, surtout quand on a connu de nombreuses relations basées sur ce format. L’attachement émotionnel ne se fait pas au bon endroit.
Cela vient souvent de relations compliquées dans l’enfance, notamment avec les parents ou avec des adultes encadrants.

Habitué-e aux relations toxiques, insécurisantes, violentes et culpabilisantes, on croit qu’être maltraité-e est normal.
On prend le chantage pour une preuve d’affection.
La violence pour de l’attention.
La critique systématique de soi et de son entourage pour de la protection.
Bref, rien n’est à sa place.

Donc, la relation est complètement déséquilibrée.

Et ici, plus que nulle part ailleurs, l’amour n’est pas synonyme de liberté.
Il enferme. Et il détruit.

Au début, comme dans toute relation de dépendance affective, on manque d’air quand la personne n’est pas là. On en crève.
On croit que c’est de l’amour, mais c’est en réalité un piège qui se referme. Et le pire, c’est qu’on ne demande qu’à y entrer soi-même.

Inès : aimer un parent qui fait mal

Ce type de relation toxique peut exister entre un père et sa fille. Comme dans Le Festin des Silences, avec Inès et son père,Adrien.

Adrien est un parent toxique : dominateur, humiliant, insultant, culpabilisant.
Inès, au moment où s’écrit le livre, est déjà arrivée à un haut niveau de lucidité sur ce qu’il est.
Mais elle est encore aux prises avec la loyauté familiale.
Elle est polie, elle subit les rabaissements sans répondre, elle joue son rôle dans le système familial, même passif.
On voit qu’elle ressent de l’amour, malgré tout, pour son père, mais entremêlé à la peur qu’elle a de lui.
La violence intrafamiliale, dont il est le pilier, est intrinsèque à son mode relationnel.
Elle ne veut pas trahir.
Elle veut qu’on l’oublie, se tenir autant à distance que possible des brimades et ne les subir que lorsqu’elle ne peut plus y échapper.
Elles sont inévitables, étant donné la nature de son père.
L’emprise familiale est considérable.
Le poids du silence et du non-dit est très fort.

Inès tente, à chaque phrase adressée à son père, d’esquiver sa violence pour l’ignorer. Elle fait mine d’accepter ce qu’il impose, de croire en son système de domination, tout en rejetant intérieurement le jugement cruel qu’il a d’elle.

Elle va comprendre que les secrets de famille ont conditionné cette brutalité.

Rompre le lien lui semble impensable.
Ce père est le sien, cette famille son héritage, cette table de réveillon son histoire.
Elle ne peut que poursuivre ce lien, même à contre-cœur.
Puis tout changera.

Quand l’amour devient une stratégie de survie

Il arrive que l’on reste pour de mauvaises raisons.
L’une d’entre elles : ne pas affronter le vide. Son vide.
Même lorsqu’il s’agit de rester avec un homme violent.

On croit que tout est préférable à affronter le rien. Comme dans la nouvelle Remplir le vide (offerte en cadeau ici).
Alice est restée avec Marc pour ce que l’on devine être de mauvaises raisons.

Puis on confond l’amour et le besoin de reconnaissance.
On croit aimer, mais en réalité, on attend autre chose de l’autre : qu’il nous sorte de notre propre marasme, qu’il nous donne des réponses que l’on est incapable de trouver soi-même, ou simplement qu’il nous étourdisse.
Pourvu qu’il nous occupe suffisamment pour que l’on n’ait surtout pas à penser à soi.
Parfois, on se sent exister dans les yeux de l’autre.
Incapable de sentir la vie en soi, on confie cette tâche à quelqu’un d’autre. Même pour le pire.
Alors, la peur de l’abandon prend le pas sur tout le reste.

On est prêt-e à accepter n’importe quoi.
On tombe dans la dépendance émotionnelle.
La peur de la solitude devient alors plus forte que la peur de la violence.
Puis tout est mieux que d’être seul-e avec son vide, y compris une relation destructrice.

L’attachement traumatique : quand le lien fait mal mais tient

L’attachement traumatique est caractérisé par une alternance de violence et de douceur.
On croit que c’est de la passion, un trop-plein d’amour.
Et on se rassure : il y a des moments doux, joyeux, donc la relation existe. Elle est justifiée puisqu’elle fait parfois du bien.

L’espoir est relancé en permanence par ces moments de liesse.
On veut y croire.
Et pourtant, on ne veut pas voir la manipulation affective derrière tout cela.
On se concentre sur l’illusion de réparation dans les moments de douceur, et on vit en apnée dans les cycles de violence que l’on nie. Le corps est conditionné au lien de la relation sous emprise.
L’attachement et les émotions ressenties sont basés sur la peur et le manque.
Ce sont ces deux sentiments qui prédominent et prennent le pas sur le reste, notamment sur le besoin de sécurité.

Pour cela, le gaslighting fait rage de la part de la personne toxique, embrouillant la victime et lui donnant l’illusion que tout ce qui se joue tient debout.

Pourquoi partir n’est pas qu’une question de volonté

Le mythe du « il suffit de vouloir » a la vie dure.
Être coincé-e dans une relation abusive serait forcément le fait de personnes faibles, incapables de se faire violence.
Et si, justement, tout cela reposait sur autre chose qu’une question de volonté ?

Il s’agit souvent d’un conditionnement psychique et corporel profond.
On a tellement appris la culpabilité, la honte et la peur dans nos expériences précédentes que c’est précisément ce que l’on va rechercher, malgré soi, dans ses relations.
Aller naturellement vers ce que l’on reconnaît puis reproduire à l’identique jusqu’à ce que, peut-être, on prenne le temps de questionner ce processus.
On se dirige alors vers une relation à emprise psychologique, où les violences invisibles — et parfois visibles — sont quasi assurées.

Il arrive aussi que l’on ait l’illusion que quitter la relation reviendrait à perdre son identité, à s’évanouir dans la solitude.
La dépendance émotionnelle retient alors dans la relation toxique que l’on n’arrive pas à quitter.

Et enfin, certaines situations rendent le départ extrêmement compliqué, voire impossible, pour des raisons financières, affectives ou familiales.
Dans ces cas-là, les choses sont figées, au moins temporairement comme c’est expliqué dans l’article « résister à l’emprise familiale ».

Ce qui permet parfois de se détacher

Le processus de départ d’une relation toxique est toujours lent. Jamais linéaire.
Il est fait d’allers-retours, de régressions, d’impasses.
Les choses se font souvent par micro-déclics : des petites questions qui s’insinuent, les unes après les autres.
L’empilement de ces doutes est ce qui mène au détachement. Et le temps pour y arriver peut parfois compter des années.

Chercher un regard extérieur est essentiel.
Il faut déplacer son point de vue et comprendre la véritable origine de sa souffrance.

Pourquoi être allé-e dans cette relation ? Qu’est-ce qui était familier et séduisant ? Quels conditionnements y ont conduit ?

La recherche d’informations extérieures — livres, vidéos, conférences — peut permettre ce pas de côté nécessaire.
Une thérapie, bien menée avec une personne de confiance, est souvent à l’origine d’un déclic.
Une rencontre, amicale ou amoureuse, non toxique, peut aussi jouer ce rôle.
Et parfois, la fatigue de survivre déclenche une poussée instinctive salutaire : « Je n’en peux plus de ce que je vis. »
C’est souvent là que commencent les vraies questions.

Conclusion

Rester attaché-e aux personnes qui nous abîment n’est ni un manque de force, ni un manque de courage.
C’est un attachement vital.

C’est dans ce sens qu’il faut soutenir les personnes coincées dans ce schéma.
Nommer les violences psychologiques et physiques sans juger, sans rabaisser, sans diminuer.
Rendre sa dignité à la personne restée.
Reconnaître que survivre est déjà un acte de courage.
Et ouvrir, doucement, vers la possibilité d’un ailleurs.
D’un après.
D’une réparation.

En conclusion, survivre à une relation toxique est possible.

À propos de ce texte

Ce texte appartient aux Chroniques Intimes, un ensemble d’écrits où j’explore les silences, les liens et ce que l’on comprend parfois trop tard de sa propre histoire.

Je m’appelle Mathilde du Val. J’écris des récits et des romans psychologiques autour de la mémoire, de la perception intérieure et de la façon dont une vie peut se réinterpréter avec le temps.
Une part de cet univers se poursuit dans le roman Le Festin des Silences.

Les autres textes vivent ici : https://chroniquesintimes.com/tous-les-ecrits-chroniques-intimes/

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