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Écrire Les Absentes : une nouvelle sur l’amitié perdue, l’héritage, l’absence


Les Absentes est une nouvelle contemporaine qui explore la rupture amicale, l’héritage familial et la manière dont certaines relations s’éteignent sans explication.

Elle m’a touchée en plein cœur.

D’abord parce qu’elle parle d’une jeune fille qui a eu le malheur de ne jamais avoir de graves problèmes.

Une héroïne à qui rien ne manque… en apparence

Emma a eu de bons parents, aimants. Des parents occupés, talentueux, concernés par elle, mais aussi par eux-mêmes. Quelque chose d’assez équilibré, au fond. Elle-même est très intelligente. Elle réussit brillamment à l’école. Est promise à un grand avenir. Elle suscite l’admiration autant que la jalousie.

Et puis il faut bien le dire : il faut déjà avoir une solide confiance en soi pour être l’amie, ou simplement le proche sage et fiable, d’une fille aussi belle, brillante et sûre d’elle.

Grandir dans le confort, découvrir ses limites

Grandir dans un environnement très privilégié a rendu Emma un peu arrogante, parfois suffisante. Elle n’est pas cruelle. Elle est même capable de sensibilité aux difficultés des autres. Mais dans les limites de ce qu’elle peut voir depuis sa place à elle : celle du confort, de l’excellence, de l’évidence.

Elle n’est pas responsable de cette situation. Mais elle en paie le prix lorsqu’elle se confronte à des personnes moins chanceuses qu’elle, qui lui renvoient parfois violemment ses limites.

J’avais envie d’écrire cela aussi : la difficulté d’être aimé, envié, admiré, protégé… et de découvrir malgré tout qu’on peut manquer l’essentiel.

Les Absentes, c’est aussi une nouvelle sur un lien qui me bouleverse : celui d’une grand-mère et de sa petite-fille.

Le lien rare entre une grand-mère et sa petite-fille

Quand ces deux générations ont la chance de vraiment se croiser, il peut se passer quelque chose d’incroyable. Je ne parle pas seulement des réveillons ou des goûters du dimanche. Je parle des séjours, des vacances, des cohabitations, du temps passé ensemble. Du vrai temps.

Dans ces moments-là, une grand-mère et une petite-fille peuvent apprendre à se regarder au fond des yeux. Pour le pire parfois — comme dans Le Festin des silences. Pour le meilleur aussi, comme dans Les Absentes.

Quand une relation laisse une trace profonde

Ici, Emma et sa grand-mère, Eugénie, ont eu ce temps-là. Elles ont partagé des souvenirs fondateurs. Des instants qui ont construit Emma au plus profond d’elle-même. Des moments qui ont permis à Eugénie de reconnaître chez sa petite-fille des qualités dans lesquelles elle sentait que quelque chose d’elle-même allait continuer à vivre.

Je trouve cela presque magique quand cela arrive.

C’est une grâce pour le grand-parent, qui trouve un sens à ce qu’il a été et à ce qu’il laissera.

C’est une bénédiction pour l’enfant, qui se sent fort de son héritage, de sa filiation, de cette approbation intime venue de loin.

Mais surtout, Les Absentes parle de quelque chose que je trouve terrible : la fin d’une relation.

La violence des relations qui se terminent

Parfois, une relation se termine sans mots. Sans explication. Et c’est peut-être le pire.

On se demande ce qu’on a fait. Ou pas fait. On s’inquiète. On retourne la scène dans tous les sens. On garde en soi une douleur enfouie, une amertume, un goût d’inachevé. Parfois, c’est une blessure qui ne se referme jamais tout à fait.

Ghoster ou dire : deux formes de rupture

D’autres fois, la relation s’achève avec des mots. Des mots qui blessent. Même lorsqu’ils se veulent bienveillants. Peut-être même surtout lorsqu’ils se veulent bienveillants. Parce qu’ils nous ramènent à nos insuffisances, à nos négligences, à ce qu’on n’a pas su être ou faire pour retenir l’autre dans notre vie.

Et cela aussi peut laisser des traces immenses.

La scène qui a inspiré Les Absentes

Un après-midi, j’étais assise à la terrasse d’un café. À la table d’à côté se sont installés deux hommes. Deux amis. Enfin, deux hommes qui avaient été amis.

Le premier a dit au second qu’il mettait fin à leur amitié.

Et il lui a expliqué pourquoi.

Je m’en souviens encore très bien. Il lui reprochait son avarice, sa manière de cacher les bières qu’il apportait aux soirées pour les remporter ensuite chez lui, soi-disant pour la prochaine fois. Et aussi d’avoir dragué sa copine. Il évoquait encore ce que le second aurait dit sur lui à un ami commun — des faits que l’autre niait.

Mais au fond, il y avait peut-être pire encore : leurs trajectoires étaient devenues inconciliables. Des goûts trop différents. Une façon d’appréhender la vie devenue opposée. Et, selon le premier, un manque d’appétit et de curiosité du second pour les autres, pour les choses, pour le monde.

La conversation a été brève.

Le premier était déterminé. Il a dit qu’il devait ces explications à leur histoire commune. Qu’il trouvait cela trop moche de disparaître sans bruit, de “ghoster”. Que l’amitié qu’ils avaient nourrie méritait cette conversation.

Et pourtant, quelle violence.

Le second était atterré. Il a essayé de se défendre, de se justifier. Il s’est plaint de ce règlement de comptes qu’il n’avait pas vu venir. À un moment, j’ai cru qu’il allait pleurer.

Mais le premier n’était pas là pour ouvrir une discussion. Il était là pour délivrer son message. Puis partir, définitivement.

Cette scène m’a marquée.

Elle a en partie inspiré Les Absentes.

Écrire l’après : que reste-t-il après une absence ?

La nouvelle interroge une question universelle : comment se reconstruire après une relation qui s’arrête sans réponse claire ?

J’ai eu envie d’écrire l’après.

Que fait-on pour continuer après une rupture qu’on n’a pas choisie ? Comment se relève-t-on ? Que construit-on à partir de là ? Peut-on encore être tout à fait le même, ou la même, après une absence de cette nature ?

Ce sont quelques-unes des questions qui traversent cette nouvelle.

Et peut-être, en la lisant ou en l’écoutant, tu te les poseras avec moi.

À travers Emma, Les Absentes propose une exploration intime de l’absence, de la mémoire et de ce que les liens laissent en nous lorsqu’ils disparaissent.

Prolonge ton voyage avec les lettres des chroniques intimes.

À propos de ce texte

Ce texte appartient aux Chroniques Intimes, un ensemble d’écrits où j’explore les silences, les liens et ce que l’on comprend parfois trop tard de sa propre histoire.

Je m’appelle Mathilde du Val. J’écris des récits et des romans psychologiques autour de la mémoire, de la perception intérieure et de la façon dont une vie peut se réinterpréter avec le temps.
Une part de cet univers se poursuit dans la nouvelle Les absentes.

Les autres textes vivent ici : https://chroniquesintimes.com/tous-les-ecrits-chroniques-intimes/

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