
En fait, c’est dur d’en parler.
Déjà, je ne l’ai pas lu, je l’ai écouté – que dis-je ? – dégusté grâce au talent inouï de Benjamin Jungers. (Je viens de lire qu’il vient de la Comédie Française. J’avoue avoir poussé un soupir de soulagement lors de cette découverte. Je trouve mes audios si pâlichons en comparaison. Mais, finalement, c’est le contraire qui aurait été étonnant !)
Et, avec un été bien chargé, je l’ai écouté par intermittence pendant deux mois.
C’est devenu… un rendez-vous. Une compagnie. Pourrais-je dire un frère, en parlant de Demon ? Je crois bien.
C’est pour cette raison que c’est si dur d’en parler. J’ai fini le dernier chapitre tout à l’heure, les larmes aux yeux. Et… je l’ai réécouté deux fois. Je me suis empêchée de le remettre encore.
C’était si dur de lâcher Demon.
Et ça l’est encore ce soir.
Il est entré dans ma peau.
J’ai pesté contre sa mauvaise fortune. Été exaspérée par sa mère. Eu envie de tuer son beau-père. Je ne parle même pas de ses familles d’accueil. Et de la suite. Je ne veux pas spoiler.
Je n’arrivais pas à comprendre cette crise des opioïdes. Enfin.. je veux dire… intellectuellement, oui, évidemment.
Je l’ai approchée en regardant Euphoria et plusieurs autres films. J’étais affectée par cette horreur.
Mais, avec Demon, je l’ai ressentie. J’ai compris avec le cœur et avec le corps. J’ai compris comment ça tombait dans une vie déjà fracassée. Le piège que ça représente, où ce fléau prend sa source, comment ça ravage des gens vulnérables et abandonnés, des régions désolées.
Je prenais les rednecks pour des beaufs.
Ce soir, je suis une redneck.
Et je pleure la perte de mon frère.
Barbara Kingsolver, vous êtes un maître.
