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Quelque chose a gémi

Calmos, Peanut ! Qu’est-ce qui te prend ?

La chienne ne cesse d’aboyer, encore et encore.

Elle monte les escaliers, les redescend puis les remonte. Dans le lit, John tente de la prendre dans ses bras pour la calmer. Mais rien n’y fait. Elle se débat jusqu’à retrouver le sol sous ses pattes, puis recommence son va-et-vient nerveux.

Elle ne s’arrête que pour tourner sur elle-même et s’égosiller à en faire trembler les murs, le regard braqué vers John.

À 7 h, un vendredi matin, John rêve de tout, sauf de ça.

Un lit douillet, des tart ines craquantes et un café chaud, oui.

Une chienne démente, non.

Il sort de son lit et descend les escaliers. Gérer la crise de Peanut laissera peut-être une chance à Sheryl de se reposer encore un peu.

Au pied des escaliers, Peanut gratte la porte d’entrée. La pauvre petite chienne doit avoir une envie pressante. John lui ouvre. Son lever matinal lui évitera au moins des dégâts sur le tapis du salon. Deux tartines supplémentaires seront une juste compensation.

La tête dans le frigo à saisir le beurre et la confiture, il se fige.

Les aboiements continuent.

Encore plus puissants et impatients.

Il referme le frigo.

Quelque chose ne tourne pas rond.

Il passe la tête par la porte. Peanut gratte maintenant le portail qui donne sur la rue. Elle se retourne vers lui et aboie avec une ardeur qu’il ne lui a jamais vue.

Peanut, si tranquille habituellement.

John enfile sa veste et sort en pyjama et en chaussons pour la rejoindre.

La chienne gratte, se retourne vers lui, aboie. Il entrouvre le portail pour vérifier que personne ne se trouve derrière.

À peine a-t-il glissé la tête que Peanut se faufile entre ses jambes et s’élance sur la route. La peur de la voir se faire écraser l’emporte sur sa colère.

Il lui court après en l’appelant. Peanut, elle, a cessé d’aboyer et fonce dans la brume du petit matin. Elle file vers le terrain vague voisin.

John est incapable de la rattraper mais parvient à ne pas la perdre de vue.

Elle marque plusieurs pauses pour se retourner vers lui.

De toute évidence, elle l’attend.

Il poursuit sa course. Ses charentaises manquent de rester en vrac sur le bitume à plusieurs reprises.

Lorsqu’il atteint enfin le terrain vague, Peanut s’enfonce dans les herbes hautes. Le cœur au bord des lèvres, il s’arrête.

Il crie son nom. Avec un peu de chance, elle reviendra d’elle-même après avoir reniflé ce qui l’intéresse. Mais les aboiements de Peanut reprennent, avec une intensité accrue.

Cette fois, c’est sûr, elle a trouvé quelque chose.

Les appels de John ne servent à rien. Il doit la rejoindre. Elle l’attend.

Elle veut qu’il voie.

Il s’exécute, exaspéré par ses charentaises qui prennent l’eau. Ses mollets sont trempés. Sa gorge le brûle et son cœur résonne plus fort dans ses oreilles que les cris de Peanut.

Arrivé près d’elle, il ne distingue que des tas de sable et de gravats entre les touffes d’herbe. Il saisit la chienne par son collier et tente de la tirer vers lui pour la reprendre dans ses bras. Mais elle tire vers la droite, en aboyant encore. Alors qu’il s’apprête à lui passer le savon de sa vie, il regarde une seconde fois dans cette direction.

Ce que son regard avait pris au premier passage pour des gravats de couleur claire a gémi.

Dans un coup d’œil, il comprend tout.

Enfin.

Une petite fille nue aux cheveux blonds en pagaille est là, roulée en boule contre des agglos.

Elle tremble tellement que John se demande une seconde si elle ne convulse pas.

Il s’approche et lui parle doucement.

— Bonjour, que fais-tu ici toute seule ?

Peanut a cessé d’aboyer et fait quelques pas prudents en direction de la petite fille.

John s’accroupit près d’elle. La petite ne répond que par des gémissements. Il lui touche l’épaule, tout en continuant à prononcer des paroles rassurantes. Il sait déjà qu’elle ne répondra pas mais ce filet de voix est un premier lien entre eux.

— Tu as mal quelque part, ma petite puce ? murmure-t-il en retirant sa veste.

— Tiens, je vais te mettre ça sur le dos. Tu auras moins froid.

Il l’enveloppe dans sa parka molletonnée et la boutonne autour d’elle. Elle se laisse faire. Il découvre ses pieds sales et meurtris.

Peanut lèche le dessus du pied droit de la petite fille.

— Je vais te prendre dans mes bras et t’emmener à la maison. Ce n’est pas loin. Il y fait chaud.

John la soulève doucement. Elle se laisse faire, transie de froid et toujours aussi tremblante.

Il entame la marche de retour, la petite dans les bras, légère comme une plume.

Peanut les suit de près, le regard fixé sur la petite fille perdue.

John baisse les yeux vers l’enfant sans ralentir. Elle est consciente, ses yeux l’observent. Toute la peau qu’il aperçoit est sale et griffée.

— Tout va bien aller, petite puce. Nous sommes presque arrivés.

À peine entré, John appelle Sheryl. Il dépose l’enfant sur le canapé et l’enveloppe dans le plaid duveteux trouvé là.

Peanut s’assoit à côté d’elle et ne la quitte pas des yeux.

Pendant que Sheryl prend le relais des soins, John appelle les secours sans perdre une minute.

À l’arrivée des secours, la petite fille ne parvient à prononcer qu’un mot : « chien ».

La découverte de l’enfant a permis de révéler les conditions de vie dangereuses et insalubres de son foyer. Une autre petite fille en a également été retirée.

Un an avant ce sauvetage, Peanut, elle-même, avait été secourue. Recueillie avec les pattes et les côtes cassées, et de la moquette dans le ventre, elle avait été accueillie par John et Sheryl.

Cette fois, c’était elle qui avait ramené quelqu’un à la maison.

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À propos de ce texte

Ce texte appartient aux Chroniques Intimes, un ensemble d’écrits où les apparences mentent, où les souvenirs se fissurent et où les certitudes vacillent.

Je m’appelle Mathilde du Val. J’écris des histoires inspirées du réel et des thrillers psychologiques à lire et à écouter.

Une partie de cet univers se poursuit dans les lettres intimes. Tu y découvriras des nouvelles inédites, offertes, à lire et à écouter, ainsi que les coulisses de mon travail d’écriture.

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